J'ai
été frappée, durant ce voyage au long cours, de retrouver les
mêmes personnes très souvent. Un couple d'Allemands, croisés tout au long de la Thaïlande et du Laos, et revus
un mois plus tard, en Malaisie, sur une île minuscule. On s'est jamais dit autre chose que
bonjour, façon voisins de palier (je veux dire, voisins de palier
normaux, pas les miens)
Des fois, c'est rigolo. Angelina par exemple, une Napolitaine aventurière et photographe m'a initiée au siège passager du scooter (si, sur le pont en bambou fait main, ça passe, t'as juste à te tenir qu'elle me disait). Sur un sentier, dans un champ, près du bus: on se tombait dessus sans prévoir.
D'autres fois, c'est rigolo aussi, mais pas pareil. Disons: on se doute qu'un jour on va trouver ça rigolo mais sur le moment, on a juste un peu envie de mourir.
J'en veux pour preuve: le mec de 3e catégorie.
A la pension d'Ayutthaya (hamac, bullage, nouvel an chinois, émerveillement quotidien), un Québécois un petit peu jeté avait décidé, dès la première visite fluviale des alentours que, comme il n'y a pas de hasard (c'est bien connu), notre rencontre était écrite. De toute évidence, il était plus balèze en théories karmiques qu'en décryptage de langage corporel, lequel signalait assez clairement que je ne connais que deux sortes de Québécois: ceux avec qui c'est tout de suite et maintenant, et ceux avec qui c'est jamais; et qu'il appartenait sans aucun doute possible à la 2e catégorie. À Ayutthaya, j'ai réussi à l'épuiser. Il a souhaité m'accompagner dans une balade à pieds où je serais son guide, en insistant bien sur l'ambivalence du mot 'guide' (humour de 2e catégorie). Il n'avait aucune idée que je suis increvable à ce jeu là: mon sens de l'orientation déplorable est compensé par une endurance peu commune pour la marche soutenue. Il est revenu en boitillant (à cause des ampoules et quelques contractures musculaires), quand j'étais prête à ressortir voir les spectacles de rues après une bonne douche et un soda caféiné. Le lendemain il m'a dit qu' il préférait me laisser seule pour "ne pas empiéter sur ma liberté et mon indépendance". Après, nos chemins allaient se séparer, c'est la dure loi du voyage tout ça tout ça, mais une rencontre peut changer une vie et si on devait se recroiser (je partais à Sukothai un jour avant lui), pourquoi ne pas envisager, à l'occasion, de partager une chambre, en tout bien tout honneur, histoire de diviser les frais.Bon, mais à l'occasion alors.À Sukothai, je l'ai aperçu mais ce ne fut pas réciproque. Sans doute parce qu'il n'y a jamais de hasard et que même le destin sait qu'il ne peut rien contre une deuxième catégorie.Une dizaine de jours plus tard, le temps et les kilomètres ayant passé, j'avais oublié l'énergumène et alors que je me rendais pour la dernière fois au bazar nocturne de Chang Raï, prête à savourer la nostalgie précoce de l'ultime balade, j'ai entendu un grand "Amélie, eh, Amélie".
Non?
Si.Il avait repéré la mascotte qui ne quittait jamais mon sac à dos.
Allégresse.
Il m'a donc invitée à partager un verre avec lui, m'expliquant que, c'était marrant mais pas tant que ça, vu qu'il n'y a jamais de hasard, et qu'il pensait justement à moi à l'instant. Et en plus il n'avait pas oublié mon prénom, ce qui prouvait bien que j'étais importante. Comme je lui signalais que oui certes, à ceci près que je m'appelle Mélanie et non Amélie, il m'a assuré que j' avais dû mal entendre, qu'il m'avait appelée Mélanie. Me voyant un tantinet sceptique, il a décidé de me donner du "petite coquine" sur fond de rire asthmatique.
C'est là que j'ai compris mon erreur. Ce type n'appartenait pas du tout à la catégorie 2 (ni à la première, je vous rassure). Ce type était une catégorie 3 à lui tout seul. Et le meilleur était encore à venir. Car voilà-t-y pas qu'il me demande si j'aime ça écouter de la musique (c'est à peu près aussi audacieux que de demander si tu trouves ça mignon, les bébés pandas...). Parce qu'il me ferait bien écouter des trucs sur son iPhone.Là, je le reconnais, j'ai manqué de vigilance, en répondant "mouais, pourquoi pas, mettons".
Grossière erreur parce que, pour bien écouter la musique sur l'i-phone, il faut se servir de la petite enceinte. Et la petite enceinte, on la branche sur une prise de courant. Dans une chambre. Il a cru bon d'ajouter: " de toutes façons avec moi, tu sais bien qu'il n' y a pas de danger". Je me suis retenue de lui dire que c'était précisément ce que j'étais en train de penser (pas de hasard...). Je me suis donc retrouvée assise sur le parquet, follement détendue ("t'es sûre que tu veux pas t'asseoir sur le lit?" "yep, méga sûre" " j'aime bien comme t'es, naturelle" " oui, et proche de la sortie, dingue hein"). Et là, il m'a annoncé: faut que t'écoutes ça, il est au sommet de son art.
TROIS CHANSONS D'ALLAN STIVELL!!!
C'est là que le fou rire intérieur a commencé. En raclant ma mémoire des années Francofolies, j'ai surenchéri: "tu connais Julos Beaucarne? et Angelo Branduardi, tu connais Angelo Branduardi?"
Il a noté les noms.Après, j'ai expliqué que c'était pas tout ça mais que j'avais mon sac à m'occuper en restant trèèèèès vague sur ma destination prochaine. Il a tenu à me raccompagner à mon hôtel et malgré les hurlements un tantinet malpolis de mon langage corporel, m'a serrée dans ses bras. Comme le hasard a ses limites, surtout quand on est sur ses gardes (on évite toutes les pensions mentionnées dans le Lonely Planet pendant quelques temps), ce fut notre dernière rencontre. Mais en un sens, il n'avait pas tort: c'était inoubliable.
Des fois, c'est rigolo. Angelina par exemple, une Napolitaine aventurière et photographe m'a initiée au siège passager du scooter (si, sur le pont en bambou fait main, ça passe, t'as juste à te tenir qu'elle me disait). Sur un sentier, dans un champ, près du bus: on se tombait dessus sans prévoir.
D'autres fois, c'est rigolo aussi, mais pas pareil. Disons: on se doute qu'un jour on va trouver ça rigolo mais sur le moment, on a juste un peu envie de mourir.
J'en veux pour preuve: le mec de 3e catégorie.
A la pension d'Ayutthaya (hamac, bullage, nouvel an chinois, émerveillement quotidien), un Québécois un petit peu jeté avait décidé, dès la première visite fluviale des alentours que, comme il n'y a pas de hasard (c'est bien connu), notre rencontre était écrite. De toute évidence, il était plus balèze en théories karmiques qu'en décryptage de langage corporel, lequel signalait assez clairement que je ne connais que deux sortes de Québécois: ceux avec qui c'est tout de suite et maintenant, et ceux avec qui c'est jamais; et qu'il appartenait sans aucun doute possible à la 2e catégorie. À Ayutthaya, j'ai réussi à l'épuiser. Il a souhaité m'accompagner dans une balade à pieds où je serais son guide, en insistant bien sur l'ambivalence du mot 'guide' (humour de 2e catégorie). Il n'avait aucune idée que je suis increvable à ce jeu là: mon sens de l'orientation déplorable est compensé par une endurance peu commune pour la marche soutenue. Il est revenu en boitillant (à cause des ampoules et quelques contractures musculaires), quand j'étais prête à ressortir voir les spectacles de rues après une bonne douche et un soda caféiné. Le lendemain il m'a dit qu' il préférait me laisser seule pour "ne pas empiéter sur ma liberté et mon indépendance". Après, nos chemins allaient se séparer, c'est la dure loi du voyage tout ça tout ça, mais une rencontre peut changer une vie et si on devait se recroiser (je partais à Sukothai un jour avant lui), pourquoi ne pas envisager, à l'occasion, de partager une chambre, en tout bien tout honneur, histoire de diviser les frais.Bon, mais à l'occasion alors.À Sukothai, je l'ai aperçu mais ce ne fut pas réciproque. Sans doute parce qu'il n'y a jamais de hasard et que même le destin sait qu'il ne peut rien contre une deuxième catégorie.Une dizaine de jours plus tard, le temps et les kilomètres ayant passé, j'avais oublié l'énergumène et alors que je me rendais pour la dernière fois au bazar nocturne de Chang Raï, prête à savourer la nostalgie précoce de l'ultime balade, j'ai entendu un grand "Amélie, eh, Amélie".
Non?
Si.Il avait repéré la mascotte qui ne quittait jamais mon sac à dos.
Allégresse.
Il m'a donc invitée à partager un verre avec lui, m'expliquant que, c'était marrant mais pas tant que ça, vu qu'il n'y a jamais de hasard, et qu'il pensait justement à moi à l'instant. Et en plus il n'avait pas oublié mon prénom, ce qui prouvait bien que j'étais importante. Comme je lui signalais que oui certes, à ceci près que je m'appelle Mélanie et non Amélie, il m'a assuré que j' avais dû mal entendre, qu'il m'avait appelée Mélanie. Me voyant un tantinet sceptique, il a décidé de me donner du "petite coquine" sur fond de rire asthmatique.
C'est là que j'ai compris mon erreur. Ce type n'appartenait pas du tout à la catégorie 2 (ni à la première, je vous rassure). Ce type était une catégorie 3 à lui tout seul. Et le meilleur était encore à venir. Car voilà-t-y pas qu'il me demande si j'aime ça écouter de la musique (c'est à peu près aussi audacieux que de demander si tu trouves ça mignon, les bébés pandas...). Parce qu'il me ferait bien écouter des trucs sur son iPhone.Là, je le reconnais, j'ai manqué de vigilance, en répondant "mouais, pourquoi pas, mettons".
Grossière erreur parce que, pour bien écouter la musique sur l'i-phone, il faut se servir de la petite enceinte. Et la petite enceinte, on la branche sur une prise de courant. Dans une chambre. Il a cru bon d'ajouter: " de toutes façons avec moi, tu sais bien qu'il n' y a pas de danger". Je me suis retenue de lui dire que c'était précisément ce que j'étais en train de penser (pas de hasard...). Je me suis donc retrouvée assise sur le parquet, follement détendue ("t'es sûre que tu veux pas t'asseoir sur le lit?" "yep, méga sûre" " j'aime bien comme t'es, naturelle" " oui, et proche de la sortie, dingue hein"). Et là, il m'a annoncé: faut que t'écoutes ça, il est au sommet de son art.
TROIS CHANSONS D'ALLAN STIVELL!!!
C'est là que le fou rire intérieur a commencé. En raclant ma mémoire des années Francofolies, j'ai surenchéri: "tu connais Julos Beaucarne? et Angelo Branduardi, tu connais Angelo Branduardi?"
Il a noté les noms.Après, j'ai expliqué que c'était pas tout ça mais que j'avais mon sac à m'occuper en restant trèèèèès vague sur ma destination prochaine. Il a tenu à me raccompagner à mon hôtel et malgré les hurlements un tantinet malpolis de mon langage corporel, m'a serrée dans ses bras. Comme le hasard a ses limites, surtout quand on est sur ses gardes (on évite toutes les pensions mentionnées dans le Lonely Planet pendant quelques temps), ce fut notre dernière rencontre. Mais en un sens, il n'avait pas tort: c'était inoubliable.
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